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21 Octobre

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Le Trail de la Sainte Baume : un parcours initiatique de 44km

Catégorie : Récits

Le Trail de la Sainte Baume : un parcours initiatique de 44km

Récit: Julien HIRTH – Photos: Stéphane CHANEL – Philipe EXPOSITO

Il y a des jours comme ça. Des jours où la réalité devient un miroir implacable, où le reflet des illusions est renvoyé dans sa forme la plus brutale. Je croyais être en forme, je croyais m’être bien préparé physiquement, mentalement, je croyais… J’imaginais déjà le coq chantant dans ma tête l’accomplissement d’une course parfaitement gérée, célébrant mon meilleur temps. Néophyte, j’abordais sans peurs, sans appréhension, sans respect, cette course au profil particulier. Et pourtant j’aurais du m’en douter.

Le départ est donné à 8h30 sur une musique d’AC/DC qui fait bien plaisir. Ça piétine un peu. 400 partants ça mets un peu de temps à trouver son rythme de croisière. Malgré tout, j’ai fait un bon échauffement et je pars bien. J’ai même pensé à déclencher la montre au bon moment.

Un petit détour dans Cuges et nous attaquons gaiement la première montée. Préambule assez précoce de la première difficulté, l’ascension de la face Sud de la Sainte Baume par le Grand Vallon. Ça bouchonne un peu dans les premiers singles et assez rapidement la file de coureur s’étire. Je suis sur un bon rythme et la montée du Grand Vallon est très agréable sous le soleil matinal. La végétation se resserre par endroit obligeant parfois à courber la tête, à se baisser pour éviter un phénomène bien connu des coureurs de pleine Nature : le mangeage de feuilles.

Le soleil a fait fuir les nuages et il fait presque chaud. Malgré tout, l’hiver ne se rendra pas sans combattre, et comme un avertissement la grêle tombée la veille forme un tapis blanc dans les coins les plus sombres de la forêt.

Arrivé sur la crête, le vent glacial pique un peu les yeux et me rend aveugle par moment. Cette situation éprouve les sens car ici, en plein soleil, le blanc de la grêle se mêle au blanc du calcaire et il faut une attention à chaque pas pour distinguer où poser ses pieds en sécurité et préserver l’intégrité de ses chevilles. Parfois en faisant un pas de côté pour s’écarter du chemin, je trouve de meilleurs appuis. L’effort est soutenu jusqu’à la descente sur Riboux qui permet de retrouver une foulée normale.

Avec le recul je crois que c’est dans cette descente qu’il s’est passé un phénomène curieux dans ma tête. Une sensation que je vais traîner comme une corde au cou sur tout le reste du parcours. Cela fait à peine 10km de course et je me retrouve avec les mêmes sensations mentales qu’après 25km. Là où d’habitude les 15 premiers kilomètres se passent dans un temps compressé à un claquement de doigt, ici j’expérimente la relativité inversée. Je cours, et en plus je cours relativement bien. Je m’hydrate, je m’alimente correctement et je ne force pas plus que ça. Et pourtant, mon temps relatif a décidé de suivre sa propre vie, me mettant à l’épreuve et me laissant spectateur des évènements à venir. Pour décrire cet état je dirais que c’est comme courir avec des élastiques aux pieds, chaque pas remettant en cause le suivant…

Arrivée au Ravito de Riboux, après une partie très agréable dans la forêt sur du plat relatif, je prends le temps de bien m’alimenter pour tenir jusqu’au prochain ravito curieusement placé au col de Bertagne quelque 16km plus loin. Dit comme ça, ça paraît juste un peu plus long que d’habitude. Mais la réalité de la Sainte Baume est tout autre. Elle évolue dans son propre espace temps et 16km compte tenu du parcours et des conditions, c’est long, c’est très très long…

La relance après le ravito se passe relativement bien. Avec juste la sensation d’avoir 30km dans les jambes et des malabars collés sous les pieds. Sensation qui ne va pas aller en s’améliorant.

Après la montée vers le col du St Pilon, c’est la bascule en face Nord de la Sainte Baume avec tout ce que cela implique. Après cette première partie de parcours, le vent et le soleil font place à un froid humide qui pénètre jusqu’aux os. Les escaliers de pierres sont encore couverts des feuilles d’automne, rendant la descente du col quelque peu acrobatique.

Heureusement il y a les encouragements des randonneurs passant par là. Est-ce le caractère sacré du lieu qui rend les gens si authentiques, si sincères dans leur façon de nous dire bravo ?

Un moment de réflexion pour me rappeler que malgré la démocratisation du Trail et de l’hyper communication qui va avec, courir 44km en montagne reste l’activité de quelques privilégiés dont je fais parti. Que chacun d’entre nous à son propre Everest à gravir et que l’essentiel est bien de faire honnêtement de son mieux. Merci pour cette leçon d’humilité. Merci pour ces encouragements et pour m’avoir remis sur le chemin. Aujourd’hui mon mieux sera de terminer la course. Après viendra le temps du questionnement et du doute.

Dans la forêt millénaire de la Sainte Baume, lieu de retraite de Marie-Madeleine suivant la légende et protégée depuis le Moyen-âge, courir ne me semble pas naturel. Ni même approprié. La beauté de la Lumière voilée filtrant à travers la canopée, le chant des oiseaux et la sensation d’être observé, jugé appelle plus à la contemplation qu’à placer une accélération. Accélération que je suis de toute façon incapable de fournir, même sur cette partie particulièrement roulante… C’est tout naturellement que le train des coureurs me dépasse, me laissant seul avec mes pensées et essayant de trouver le courage nécessaire pour avancer jusqu’au prochain ravito. Ne pas trop penser, mettre au second plan les douleurs, juste une foulée après l’autre.

La remontée du Vallon de Betton permet justement de changer de foulée. Un détour dans les buissons pour éviter une souche en plein milieu du chemin, quelques marches et revoilà la crête qui m’accueille de son souffle glacial. Loi de Murphy oblige, les changements de température et de taux d’humidité commencent à éprouver mon organisme. La traversée vers l’Observatoire se révèle une épreuve mentale. Mentale car mon physique s’est mis depuis un moment en mode veille et m’a fait clairement comprendre que s’il fallait avancer il allait avancer, mais qu’il ne fallait pas lui en demander plus.

Courir sur la crête sur un chemin à peine tracé et surtout au milieu de cailloux vraiment très mal rangés, revient pour moi qui court en chaussures minimalistes à un massage vigoureux de la voute plantaire. Un peu trop vigoureux… Par contre cela valait le coup de souffrir « un peu ». En passant au pied du Pic de Bertagne, la vue plongeante sur les falaises du Vallon du Chemin de Fer et des Glacières est sublime.

Une descente technique que je fais au meilleur de mes capacités du moment et une petite relance dans la gadoue permet d’arriver au 3ème ravito. Enfin !

J’en profite pour faire le plein de liquide et solide et je me rassure en me disant que compte tenu du monde présent, je ne suis pas le seul à avoir souffert sur cette partie. Je prends mon temps pour souffler et récupérer. Un peu trop car il va me falloir bien 5 minutes pour me réchauffer. Et la loi de Murphy étant décidément en forme aujourd’hui, une bruine tenace s’installe.

Malgré tout j’ai récupéré un peu d’énergie et c’est avec un nouveau regard que j’aborde la dernière portion du parcours. Ce dernier voyage est pour moi le plus beau.

Il fait passer par la Terre dans la grotte de la Grande Baume, enchaîne sur une crête aérienne que j’apprécie particulièrement et une belle descente technique comme seul on en trouve dans nos collines. Avec quand même l’impression de faire le Gemtrail à l’envers ! Le tout sur fond sonore des moteurs rugissant dans les virages de la route de l’Espigoulier. Sauvage !

Enfin le passage par l’Eau : traversée du Fauge après une bonne relance sur une très belle partie de forêt et remontée du Vallon des Crides sous la pluie. Dernière épreuve au pas de Cugens, avec un peu de gaz et une superbe vue plongeante sur le vallon.

La partie finale sera une longue descente interminable sur Cuges. Compte tenue des conditions et de la nature du terrain, descente que je qualifierai de… collante. Avec cette impression qu’à chaque pas, il y a quelqu’un derrière. Ce qui dans mon cas est une réalité qui se produit beaucoup plus souvent que je ne le souhaiterais.

L’arrivée sur Cuges se fait en mode automatique. Une dernière ligne droite sur le bitume et c’est l’arrivée. Bizarrement, je me sens relativement bien physiquement (enfin comme après 7 heures de courses), c’est émotionnellement que j’ai souffert. Et ça, il va peut être falloir plus de deux jours pour récupérer complètement…

Pour preuve qu’il s’est passé quelque chose de mystérieux sur ce parcours, ma montre, que j’ai pour une fois déclenchée au bon moment, m’indique bien 7H00 de course, mais seulement 38km… 6km ont disparu dans les aléas du continuum espace temps…

Cette situation résume assez bien ma course. Aujourd’hui je n’y étais pas. Il en ressort l’impression d’avoir été spectateur plutôt qu’acteur. Exercice d’humilité, de lâché prise et de réflexion au sens propre comme figuré. Reste néanmoins la fierté d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Malgré la sensation d’avoir couru dans une bulle de chewing-gum, malgré les conditions beaucoup trop variables et un profil pour lequel je n’étais définitivement pas préparé. Reste également la fierté d’avoir honnêtement fait de mon mieux. Et c’est peut être là l’essentiel.

Après un Trail de la Galinette ludique, un Trail des Calanques épique, ce Trail de la Sainte Baume a été pour moi initiatique. Il m’a remis en question, m’a fait prendre conscience de l’essentiel et éclaire ma pratique d’une nouvelle Lumière.

PS : Il y a un secret bien gardé du Challenge des Trails de Provence. Un secret que seuls les initiés se partagent. Partant du principe qu’en lisant ce récit vous en faites parti, je vais vous révéler ce secret… Le secret du Challenge des Trails de Provence c’est… de ne pas choper la crève après chaque Trail… Merci les ampoules de gelée royale (@Meltonic !)

Si vous avez aimé ce récit, faites le savoir : shcw@@orange.fr

A bientôt

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