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24 Juillet

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Les 45 km du Trail de la Galinette : « Alors roulant ou pas roulant ? »

Les 45 km du Trail de la Galinette : « Alors roulant ou pas roulant ? »

Texte: Julien HIRTH – Photos: Akuna

Julien s’est pris de passion pour le Trail  depuis une année, à tel point qu’il ambitionne pour 2017 de décrocher le titre de finishers en Trail Long. Il a répondu favorablement à notre demande de contribution, nous vous invitons à découvrir son premier récit à l’occasion du Trail de la Galinette ou il courait à domicile.

On m’avait dit : « Tu verras la Galinette c’est roulant ». OK…

Règle N°1 : toujours se méfier quand quelqu’un vous dit : « c’est roulant ». A classer dans la même catégorie que « Allez c’est le dernier kilomètre » et juste après « c’est bon c’est la dernière montée ».

Dimanche 29 Janvier Stade de Cadolive 07h58. Après une préparation écourtée par quelques problèmes gastriques passagers, c’est avec un peu d’appréhension que je me positionne sur la ligne de départ.

Dernière vérification afin de me mettre en mode pensées positives : gels ok, gourdes ok, laçage chaussure ok, habillement : vu la météo j’ai troqué le collant pour le short, tee shirt manche longue et soft shell sans manche ça devrait aller, étude du parcours : ça fait deux mois que je l’ai en fond d’écran, j’en rêve même la nuit…. Tout est bon, je suis gonflé à bloc prêt à partir. Attends, j’oublie un truc… La montre : pas ok du tout. Vite je la mets en mode course trail. A zut l’acquisition GPS c’est sensé aller plus vite que ça. Le speaker termine la séance photo avec les élites du premier rang, 07h59, con de GPS, 5, 4, 3, 2, 1… Attendez mon GPS il n’est pas prêt !!

Et là je subis la loi n°1 du Code du Traileur qui statue que lorsque tu entends un top départ, une partie du cerveau se déconnecte pour que le son aille activer directement les jambes. Loi complètement con qui a pour résultat immédiat que comme tout bon traileur qui se respecte : je pars trop vite…

Après quelques errements dans la forêt de Cadolive, le GPS a finalement connecté, je me suis battu avec les réglages de la montre, et j’attaque les escaliers menant à la Place de la Mairie. Un coucou à Akuna qui prend des photos et ça y est je rentre enfin dans la course.

Au chemin de l’Ortolan, le premier single voit s’allonger le peloton des coureurs. Première marche et mise en action des bâtons. C’est ma première course avec et c’est une grande satisfaction. Je ne les replierai que 500m avant l’arrivée. Je monte bien. Je connais le chemin qui fait parti de mes circuits d’entraînement. L’avantage de courir à domicile !

S’enchaîne ensuite la descente légèrement glissante du vallon de la Figuière pour remonter vers le mont Julien. La relance est assez velue mais les jambes sont jeunes et la file des coureurs marcheurs permet de garder un rythme raisonnable. Je regarde le cardio : 172, je suis définitivement parti trop vite.

Au sommet du mont Julien j’en profite pour boire un coup et m’alimenter en admirant la vue exceptionnelle à 360° : la Sainte Victoire, le Mont Aurélien, la Sainte Baume, Marseille, le Pilon du Roy et le Ventoux que l’on distingue dans la brume. Les nuages d’altitude annoncent une journée magnifique. Le vent est calme. Il fait bon.

S’enchaîne une course bondissante sur la crête et une descente annoncée « dangereuse » par l’organisation. Alors certes un peu glissante dû à l’humidité de la nuit, mais de là à mettre un gros panneau d’avertissement… J’ai un sentiment mitigé sur ce genre d’avertissement dans le cadre d’un Trail où courir sur ce genre de terrain fait justement l’intérêt de la chose. C’est me semble-t-il la responsabilité de chaque coureur d’adapter sa vitesse en fonction du terrain et de ses capacités. Courir dans la Nature c’est aussi se soumettre aux conditions, accepter les aléas du terrain. Bien sur ce qui prime c’est la sécurité des coureurs. Il n’y a pas de discussion. Maintenant où se place la frontière entre la sécurité et le sentiment d’aventure inhérent au Trail, c’est un autre débat.

C’est fou ce que l’esprit divague quand on court.

La belle descente du vallon du Ratier me permet de maintenir une bonne moyenne, toujours bâton en mains. Deux « petits » coups de cul et un passage sous la route des Termes plus tard, c’est le premier ravito à l’entrée du vallon de l’Oule. Les gourdes sont presque pleines, les jambes vont bien, je ne m’attarde pas. Pourtant il faudra vraiment que je m’enlève cette habitude débile de continuer à manger en courant quand je repars des ravitos. Tout ça pour finir essoufflé au bout de 200 m avec un bout de pain d’épice coincé au fond de la gorge et le cardio à 200…Dès fois je me demande si mon cerveau ne prend pas un peu des vacances quand je cours. Les mystères de la physiologie…

Normalement j’ai bien fait mes devoirs. Je sais qu’à partir de maintenant jusqu’au sommet du Garlaban, c’est le cœur du parcours. Environ 1000m de dénivelé positif à enchaîner en 15km.

Une bonne partie roulante (vraiment roulante !) débouche sur une « petite » côté menant au col de l’Amandier. Je jette un coup d’œil au cardio dans la montée et là bonne surprise. A 140 je maintiens un bon 5km/h. Mon corps a compris qu’on était pas parti pour la balade digestive du Dimanche et s’est enfin mis en mode full aérobie. C’est de bon augure pour les montées suivantes.

La suite est pour moi la plus belle partie du parcours. Descentes techniques, relances bien verticales, les paysages sublimes du vallon de l’Amandier, de Precatori, de Passe-temps, la remontée vers le Garlaban et le tout accompagné d’un soleil magnifique. C’est un bonheur total. Une régalade qui fait passer à l’arrière-plan le fait que… ben ça pique un peu dans les jambes quand même !

Au bout de 4h00 de course, enfin le sommet du Garlaban. Un joyeux bénévole portant très élégamment la perruque bleue frisée valide mon temps de passage.

A ce moment de la course il est bon de ne PAS savoir que Diego « Speedy » Pazos a fini sa course depuis environ 10mn. Et qu’il a juste amélioré son temps de l’année dernière de 25mn ! Une performance ahurissante qui appelle le respect. Bravo M.Pazos et bravo également à M. Santelli qui finit aussi sous les 04h00.

La descente du Garlaban est le dernier round avant d’atteindre le deuxième ravito. Et alors celui-là, il fait du bien. Banane, fromage, pain d’épice, remplissage des gourdes, des bénévoles au top, un salut aux collègues et c’’est reparti. Avec bien sur un bout de fromage coincé dans la gorge au bout de 50m de descente. Sans commentaires…

Effectivement à partir de là les grosses difficultés sont plutôt derrières (et par la même dedans, les jambes j’entends) et le parcours devient un peu plus « roulant ». Les définitions varient et font encore l’objet de débats animés parmi les cercles de connaisseurs.

Sur le single en direction du Puit de l’Aroumi je croise des randonneurs qui ont la gentillesse de me laisser passer avec un grand sourire. C’est bête mais c’est un sourire qui fait du bien. Pas d’encouragements forcés, ni de visage contrit signifiant sans ambiguïté « mais qu’ils sont con quand même ». Non juste un sourire entre personnes qui se font la même joie d’arpenter les chemins. La même joie d’être dans la Nature, de sentir le vent qui se lève, le ciel qui se couvre de nuages noirs accentuant les contrastes de couleurs entre les collines verdoyantes et le calcaire blanc des falaises. Juste un sourire qui clame nos différences et notre respect mutuel. Un sourire comme une ode à la Liberté.

Du puit de l’Aroumi, un joli single un peu chaotique, que les habitués de l’Alpin Trail de Pichauris connaissent bien, mène au col du Tubé. Ensuite c’est la descente vers le domaine de Pichauris.

 

Passé le 30ème kilomètre, je suis dans ma zone de confort. Je me sens bien. Je maintiens un bon rythme de montée, bien aidé par les bâtons. Les descentes ne sont pas trop techniques et je décide d’y aller all-in jusqu’à l’arrivée. Au 39ème le 3ème ravito est quand même le bienvenu. Une banane, rééquilibrage des gourdes, pain d’épice, fond de gorge, bref vous connaissez l’histoire…

Plus que 6 km, je suis content de ma fin de course, les jambes sont là. Par contre il y a une chose qui a disparue depuis un moment, c’est mon cerveau. Parce qu’à partir de ce moment, tout objet mouvant rentrant dans mon champ de vision devient « un cul » à rattraper ! Même les pauvres randonneurs dans le dernier single, qui ont à peine le temps de s’écarter quand il me voit débouler avec mes bâtons comme un déglingué.

Mis à part ce moment d’égarement, il y a une saveur toute particulière à courir à domicile, à traverser son village par les chemins habituels d’entraînement. L’arrivée se profile, je savoure. Le dernier faux plat montant, le pont et c’est l’arrivée au stade de Cadolive. Du moins dans le gymnase… Ma femme et ma fille sont là pour moi quand je franchis la ligne. La plus belle conclusion d’un Trail exceptionnel.

Dans la catégorie remerciements :

  • Toute l’organisation de la Galinette. Tout a été parfait, si ce n’est l’arrivée un peu bizarroïde. Par contre le balisage au top, les bénévoles sur le parcours, leurs encouragements et leur gentillesse, la qualité des ravitos et des lots. Bravo.
  • Mes bâtons qui m’ont évité quelques grosses boîtes
  • Mon cœur pour être monté à 215 et m’avoir quand même maintenu en vie. (Soit le capteur de la montre débloque sérieusement, soit la formule 220 moins l’âge n’est plus d’actualité…)
  • Mes chaussures pour avoir maintenu mes pieds dans un parfait état de conservation
  • Le dossard « X » dit « la cocotte-minute » qui m’a aidé à accélérer pour ne plus subir le sifflement haut perché de chaque expiration
  • Ma fille pour avoir fait tout le chemin de retour à la maison sur mes épaules
  • Ma femme pour lui avoir demandé si tout allait bien
  • Philippe Exposito pour tout son travail sur le challenge et pour m’avoir permis d’écrire ce récit.

Si vous avez aimé ce récit, faites le savoir : shcw@@orange.fr

A bientôt

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